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« Voici ce que j'ai pensé : pour que l'événement le plus banal devienne une aventure, il faut et il suffit qu'on se mette à le raconter. C'est ce qui dupe les gens : un homme, c'est toujours un conteur d'histoires, il vit entouré de ses histoires et des histoires d'autrui, il voit tout ce qui lui arrive à travers elles ; et il cherche à vivre sa vie comme s'il la racontait. »

Sartre, La Nausée.

 
 
 
 
 

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Les vertiges de Bruegel-2-Bois
Insomnia
Sur le fil
Écrit par B2B   
25-03-2011

Le contre-le-montre scande mes norias d'insomnies

je ne sais plus mourir car je ne suis plus en vie

mes cernes rigoles creusées de fatigue

travail salaire peine au creux de la digue

 

les éternelles asphodèles ne chantent plus l'exploitrice détresse

la ritournelle de ta main froide n'est plus cette consolante caresse

 

le jardin des délices comme appentis

vices supplices sévices

d'une servitude au confort

misérable chercheur d'or

 

j'ai vu le pétrel libre des vents

se posant allègrement dans l'estran

un entre-deux un creux un vœu pieu

comme pour mieux rire des dieux

 

les ailes plombées de vide le regard aveugle du polypier

pattes clouées dans le sable d'argile futilité du guerrier

son bec hurlant fait mauvaise figure de la nigromance

un ciel négligeant qui n'attend que ça pour être en transe

 

son envol interrompu ne reviendra plus

la marée couvrira son corps retenu

et devant l'odieux cliché d'une mort superflue

il te restera

            son regard

                        son cri

                                   sa gueule crochue

 
Apocalypse printemps
Sur le fil
Écrit par B2B   
18-03-2011

la faille a tremblé terre atterrée

atome secoué mauvaise blague

sang versé d'immense vague

derrière mon écran devant ta télé

 

une fois encore

 

une fin d'hiver en stupre détresse maîtrisée

images surfant l'ouragan voyeuriste

de consommateurs autrefois touristes

risque étouffé face aux antiques alizés

 

tu pars comme ça comme ci où gît ton âme perdue

sacrifice du défi technologique en boniment

descente des bleus enfers l'œil hagard des cumulus

tes vides terre-pleins au souvenir de leur enterrement

 

incendie feu fumée, Sendai

centrale histoire hoquetée, Fukushima

des familles pulvérisées, Minamisanriku

une cure d'iode administrée, banzaï !

 

Pendues au fil fibre optique déguerpissent les ambassades

rétine avisée ambiance électrique sur une prévisible noyade

Aldébaran sans signe de nuit le nuage du naufrage te retrouvera

même dans l'au-delà et même dans l'en-deçà

 

et pendant ce temps la mémoire te rappelle dans la futaie des désespoirs

et pendant ce temps Benghazi gémit dans la douleur matutinale

et pendant ce temps où Manama agonise dans le bruit complice

la vague émonde la modernité et les tamaris crachent leurs ultimes tavelures de liberté

 
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« Si tu parles, tu meurs, si tu te tais, tu meurs, alors parles et meurs ! » Tahar Djaout
 

« Est-ce que je suis encore libre ? Pourquoi suis-je dans ce monde dégueulasse de tapages, d'instruments chirurgicaux, de pelotages sournois dans les taxis, dans ce monde sans Espagne ? Pourquoi ne suis-je pas dans le bain, avec Gomez, avec Brunet ? Pourquoi n'ai-je pas eu envie d'aller me battre ? Est-ce que j'aurai pu choisir un autre monde ? Je peux aller où je veux, je ne rencontre pas de résistance mais c'est pis : je suis dans une cage sans barreaux, je suis séparé de l'Espagne par... par rien et cependant, c'est infranchissable. »

Sartre, Les chemins de la liberté. L'âge de raison.

 
 
 
 

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