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« Voici ce que j'ai pensé : pour que l'événement le plus banal devienne une aventure, il faut et il suffit qu'on se mette à le raconter. C'est ce qui dupe les gens : un homme, c'est toujours un conteur d'histoires, il vit entouré de ses histoires et des histoires d'autrui, il voit tout ce qui lui arrive à travers elles ; et il cherche à vivre sa vie comme s'il la racontait. »

Sartre, La Nausée.

 
 
 
 
 

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Les vertiges de Bruegel-2-Bois
Quand viendra la nuit
Pour mémoire
Écrit par B2B   
18-01-2011

La monotonie des tours face à mon ennui

nauséeuse verticalité équilibre bancal

dans la mire mirador les clients monoformes

consommation frénétique affable chloroforme

consolation tarifée pour un manque d'amour

expiation des luminescences du dernier jour

vitres sans teint sans vie où est mon reflet ?

dans ces rues propres aux effluves de javel

funestes pavés sous le plomb du soleil

meute avide carte de crédit son argent frais

les toits échancrés crèvent un ciel trop bas

beffroi sur la ville les bouchons agacent mes pas

lasse humeur lasse un poids éphémère

houle zombie dans les allées du cimetière

 

où ma folle tristesse enterrera leurs faiblesses chroniques / haine ordinaire de leurs faces contraires / pitié condescendante pour geste salutaire / no purgatoire no jugement joyeuse détresse / bile sur leurs commerces mortifères d'hypercentre technoïde leurs bancs gentrifiés dans leurs vies sans clochards leurs vitrines tamisées dans leurs allées piétonnisées leur centralité marchande dans leurs fontaines sanguinolentes leurs statues pétrifiées dans leurs ornements dorés leur opéra aux colonnes décadentes leur préfecture anonyme d'une ségrégation à l'envers leur marque de fabrique dans le luxe des alarmes j'exècre la nouvelle ville aseptisée du nouvel ordre aseptisant

 

les bombes dégoupillées quand viendra la nuit

sur leurs façades rutilantes la peinture de guerre

vigiles chiens sécurité une main plus agile

pochoir déchirant la brume fantomatique

à l'aube un réveil obscurci d'une amertume puérile

les cols blancs en visages pâles figures figurines

à lâcher leurs délires d'hémoglobine

devant mon attentat à leur mémoire putride

leurs corps défendant mon cœur apatride

banque assurance et quoi de plus désespérant

le bal des camions nettoyeurs commencera

dans les brumes d'un petit matin incandescent

où j'aurai oublié les caméras

 
Après la pluie
Pour mémoire
Écrit par B2B   
04-01-2011

Les cendres encore chaudes de nos illusions fumées

tapissent le sol anonyme d'une couleur mal entendue

nos yeux rougis, fatigue lacrymale

tristesse

corps amoindris cassés usés

une défaite

 

La fin

une chute

et les nuages comme des vautours

toisent des cadavres mobilisés hurlant le poing serré

chœur étouffé des poumons d'amertume

paupières de plomb sur l'amer béton

 

Silence

silence d'après-guerre

amnistie

amnésie

mémoire sans clichés de ton souvenir brumeux

des rives édentées tes cheveux d'automne un vent indolent

dérive imaginaire début d'hiver

 

Cris saccadés pleurs étouffés, pas de leurre

ce n'est pas juste ce n'est pas juste ce n'est pas juste

tu t'es vu sang fluide des veines de la révolte

un souffle turbulent valdingue les oriflammes

 

La bourrasque enflammée de la horde des rêveurs

insaisissable lueur d'un cimetière d'agonies

restent nos yeux leurs odeurs leurs bruits vaporeux

tes sentiments mouillés coulant sur nos cœurs asséchés.

 
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« Si tu parles, tu meurs, si tu te tais, tu meurs, alors parles et meurs ! » Tahar Djaout
 

« Est-ce que je suis encore libre ? Pourquoi suis-je dans ce monde dégueulasse de tapages, d'instruments chirurgicaux, de pelotages sournois dans les taxis, dans ce monde sans Espagne ? Pourquoi ne suis-je pas dans le bain, avec Gomez, avec Brunet ? Pourquoi n'ai-je pas eu envie d'aller me battre ? Est-ce que j'aurai pu choisir un autre monde ? Je peux aller où je veux, je ne rencontre pas de résistance mais c'est pis : je suis dans une cage sans barreaux, je suis séparé de l'Espagne par... par rien et cependant, c'est infranchissable. »

Sartre, Les chemins de la liberté. L'âge de raison.

 
 
 
 

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