Ici sur Dailynord.fr, là sur le blog de Marc Prévost, ailleurs en réseau « social » ou sur le site de son ancienne école… B. R. n’en manque pas une pour se faire remarquer. Et réagir au quart de tour.
Comme lorsque son nom apparaît dans La Brique (n°1). Pour deux lignes un rien mordantes à propos d’un de ses papiers traitant du nouveau commissariat lillois (voir ici), il répond au canard et raille sa prétendue obsession pour la méchante « presse au service des puissants »[1]. On le sent fier protecteur de son taf, et un besoin de l’exprimer au monde entier le pousse à investir la toile. Or son taf, sa fierté, c’est…
Faire diversion…
Son taf, c’est les faits-divers. Ayant appris de ses « professeurs motivés » que la presse a besoin de journalistes « conscients de leurs responsabilités dans un monde en perte de repères »[2], c’est donc responsable et tout plein de repères qu’il s’est dirigé vers le divers. Et là, c’est le drame… car de faits-divers, il n’en manque point ici.
Arrivé de Touraine, il avoue que l’actualité y « est un peu moins fournie que dans le Nord, ce département le plus... »[3] Le plus quoi ? Pluvieux ? Alcoolo ? Suspense… Heureusement, ailleurs, par le biais d’une autre URL, Dailynord.fr, il offre un bout de réponse – revenant sur une affaire de meurtre à Cambrai : « Quand tu arrives là-bas, tu te rends compte que c’est le quart monde ».
Voilà, c’est ça le métier, en fait, mettre en scène un spectacle suintant de misère humaine : « Ça intéresse les lecteurs » et « Tu es souvent à la Une aussi ! » Ça a l’air chouette, dit comme ça, et il est vrai qu’un article titré « On ne se sent plus en sécurité » (09/12/09), fièrement signé par un jeune journaliste passionné, il est vrai que de tels articles ne peuvent qu’appâter le lecteur.
Néanmoins, raconté avec les mots du gourou Bourdieu, c’est très différent :
« Mais les faits divers, ce sont aussi des faits qui font diversion. Les prestidigitateurs ont un principe élémentaire qui consiste à attirer l’attention sur autre chose que ce qu’ils font. […] Le fait divers, c’est cette sorte de denrée élémentaire, rudimentaire, de l’information qui est très importante parce qu’elle intéresse tout le monde sans tirer à conséquence et qu’elle prend du temps, du temps qui pourrait être employé pour dire autre chose. […] Or, en mettant l’accent sur les faits divers, en remplissant ce temps rare avec du vide, du rien ou du presque rien, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques. »[4]
Je me pose alors cette question : le divers ferait-il diversion dans « un monde en perte de repères » ?
… avec des sources bien policées
Dans l’interview accordée à Dailynord.fr, B. R. explique le métier : « En fait, c’est une sorte d’entente cordiale : tu as besoin de tes sources pour tes articles, elles ont besoin de toi pour montrer leur métier, rassurer la population, élucider des affaires aussi. Oui, on est parfois manipulé. »
Agréable touche de lucidité…
Mais on remarquera ici qu’il préfère parler de « source » plutôt que de « police ». Question de tact.
Il suffit pourtant de lire ses articles pour apercevoir quelques noms policiers récurrents. Et lorsqu’il croit assumer ses « responsabilités » en rédigeant un état des lieux de la garde à vue dans le Nord et en France, aucun gosse tabassé ou traité de « sale noir » au commissariat ne figure parmi ses interlocuteurs (c’est pourtant pas ce qui manque !). Non, il y a plutôt « Louis, 18 ans », interpellé au Touquet et qualifié – scandaleusement ! – par les flics de « Jean-Louis David » à cause de sa longue chevelure[5]…
Sur le site de son employeur, lorsqu’un internaute lui reproche – suite à son papier sur « Des policiers nordistes piégés dans l’hôtel en feu », hôtel Ibis, à Strasbourg, lors du sommet de l’OTAN – de trop se baser sur la version de la police, B. R. répond sans ambages :
« Nord éclair n'est pas "à droite", et n'est pas "pro-police", arrêtons la paranoïa. Faites crédit aux médias de leur bonne foi, de temps à autre, plutôt que de voir des complots partout ! »
Et insiste, plus tard, en moralisant l’internaute :
« David, le métier du journaliste est de confronter les points de vue. Des policiers disent avoir été cernés dans l'hôtel par des casseurs qui y ont mis le feu : ce n'est pas un discours de propagande, c'est même une accusation en règle contre leur hiérarchie. »[6]
Écoute, David, je suis journaliste, moi, hein ! On l’aura compris, B. R. se révèle incontestablement plus mature que les jeunes de son âge puisqu’il préfère donner des leçons de morale plutôt que d’en recevoir.
En finissant sur une belle leçon de morale de La Brique
Décidément, la première collision avec La Brique a laissé des séquelles. La pilule n’est, il faut le croire, pas passée. En effet, B. R. s’est récemment fendu de quelques commentaires assassins sur le blog de Marc Prévost. Ce dernier venait de publier un petit billet pour annoncer la parution du journal auquel il collabore à l’occasion. Un premier commentaire, posté semble-t-il par « La Brique », complétait en quelques sortes le billet en reprenant l’appel à soutien du canard, dans lequel une phrase – « Mais le Crédit Coopératif se fout du nombre de lecteurs... avec eux c’est l’oseille qui compte » – en a laissé certains perplexes (le mieux, pour comprendre, est de lire l’appel).
Or l’occasion était trop belle pour notre journaliste éclair.
S’hasardant sur ce blog assez connu par la sphère journalistique locale, tombant sur le texte de La Brique, journal ennemi, B. R. ne peut contenir son acrimonie. C’est alors qu’il saisit son clavier :
« Pourquoi voulez-vous que le Crédit coopératif se soucie d'autre chose que de l'argent? ;)
ça me fait marrer ça...
ça se veut rebelle et subversif, et ça voudrait que les banquiers fassent des cadeaux... »
Première morsure. Hormis la légère raillerie, remarquons seulement le code « ;) » employé dans la première phrase… PTDR, quoi !
Après ce premier coup de crocs, un internaute anonyme poste un commentaire relatif au papier de La Brique sur la mort d’Hakim Djelassi, survenue à la suite d’un transport en fourgon de police. Nouvelle ouverture pour B. R. qui ne se fait pas attendre :
« En ce qui concerne le traitement par la brique de l'affaire djelassi, pour répondre à l'orfraie, on ne peut qu'être affligé par le résultat : un article purement diffamatoire, qui crie à la bavure sans aucun début de commencement de preuve.
Belle éthique, chez nos donneurs de leçons.
Moi, je ris de voir ces pseudos rebelles tomber ainsi dans la caricature : ils accusent la presse "bourgeoise" d'être aux ordres, mais eux, ils sont carrément à l'ouest sur ce coup-là.
Même le collectif Justice pour Hakim a été affligé par cet article! C'est dire le niveau. »
Seconde morsure. Ici, pour appuyer ses propos, le professionnel de l’information choisit un argument de taille : même le collectif monté pour obtenir la vérité sur la mort d’Hakim, dont les témoignages de certains membres apparaissent largement dans l’article de La Brique, même eux ont été affligés ! Se sentant sur la voie de la victoire, B. R. persiste :
« Plsu sérieusement, un des porte-parole m'a dit avoir été outré par le ton provocateur de cet article de La Brique. Qui n'est pas un article, d'ailleurs, mais plutôt un réquisitoire. Vous avez de la chance de n'être pas lu, finalement... »
Troisième morsure. Avec la petite touche finale : « Vous avez de la chance de n’être pas lu »… Résolument classe.
B. R. insinue que La Brique se rend coupable de diffamation en criant « à la bavure sans aucun début de commencement de preuve ». Coupable de diffamation envers la police, donc[7]. Pour insinuer cela, il accuse les rédacteurs de mentir, de faire de la propagande et d’outrer le collectif Vérité et Justice. La Brique, des gros menteurs ; B. R., et à travers lui Nord Eclair, un journalisme qui dit la vérité !
Mais ce qu’il fait n’est rien d’autre que de prendre la défense de la police. Et de le faire sur un blog, en déclarant son identité pour se distinguer par son statut de professionnel de l’information.
Malheureusement pour B. R., et pour moi – oui, malheureusement, car si ce dernier fait n’était pas arrivé je me serais abstenu d’écrire un billet inutile mais logiquement prévisible sur le personnage –, malheureusement, dis-je, le fameux Collectif Vérité et Justice pour Hakim est venu mettre son nez dans le blog de Marc Prévost. Et sa réaction aux affirmations de B. R. a été… sans appel :
« AU SEIN DU COLLECTIF PERSONNE N'A AFFIRME ETRE CHOQUE OU HORRIFIE A LA LECTURE D'UN ARTICLE. »
Malheureusement, donc, le collectif sur lequel s’est appuyé B. R. pour formuler ses accusations, dément formellement avoir émis la moindre critique, ni à l’encontre de La Brique, ni à celle de quelque autre journal.
Pour résumer, en deux mots, B. R. ment sciemment.
Et il le fait pour défendre la police contre un journal « amateur ».
Il faut juste le savoir, pour éteindre notre télé et reprendre une activité normale.
Jack de L’Error
Beaucoup d’élèves grévistes de l’École Néogonzo de Lille étant actuellement absents, nous n’avons pas pu réunir sur le vif le Jury Néogonzo du Culte Journalistique (JNCJ), qui décerne quand bon lui semble le titre de « Grand prêtre » ou « Grande prêtresse » à un journaliste du Groupe Voix du Nord. Par conséquent, la récompense honorifique de « Grand Prêtre » est toujours détenue par B. DU. pour ses formidables écrits policiers. B. R. attendra son tour.
Ajout du 01/02/2010 : B. R. nous a envoyé un message concernant cet article. Nous avons donc l’honneur – et cela est dit sans une once d’ironie – de publier ci-dessous sa réponse qui a l’avantage d’ouvrir une discussion. Ou de reprendre celle qui avait été interrompue sur le blog de Marc Prévost. Ou, enfin, de clore définitivement un débat que certains trouveront stérile. Il faut reconnaître tout de même à B. R. un atout (ou une qualité ?) : il prend le temps de discuter avec ses détracteurs et n’agit pas comme s’ils n’existaient pas ; ce qui est terriblement rare chez les journalistes.
« Vous avez commis un joli article, que je voudrais commenter. Vous serez assez élégant, je pense, pour publier ma réponse au-dessous de votre pamphlet.
Je ne le prends pas trop au sérieux, étant donné que vous passez votre temps à ranger les gens dans des cases bien/mal. Vous vous êtes fait plaisir à peu de frais, remarquez. Je comprends ça.
Mais comme vous l'avez deviné, je suis joueur, je voudrai vous apporter quelques précision.
1/ Je ne passe pas mon temps à taper sur la Brique. Simplement, je m'amuse de ce qu'on puisse en même temps passer son temps à taper sur les institutions en général, et les banques en particulier, et ensuite venir couiner parce que celles-ci vous refusent leur aide. Voilà une curieuse façon d'envisager le combat militant ! ça fait un peu révolutionnaire en peau de lapin, je trouve.
2/ Je n'ai pas pu répondre sur le blog de Marc Prévost, qui a eu l'amabilité de couper la conversation et de fermer les commentaires au moment où j'aurais pu moi aussi apporter ma vision des choses. Quoi que vous en disiez, quoi qu'en dise le collectif (est-ce seulement le collectif qui a rédigé ce commentaire? Je n'en sais rien, j'ai été le seul à signer de mon prénom et de mon nom dans cette discussion. Preuve d'orgueil selon vous, selon moi, c'est juste une façon d'assumer ce qu'on écrit plutôt que de se cacher derrière des pseudos ridicules), un de ses membres m'a bel et bien signifié que l'article de la Brique dépassait largement ce que le collectif exprimait. s'il se dédit ensuite, je n'y peux rien.
3/ Je ne "défends" pas la police. Arrêtez avec vos théories du complot à deux balles. Simplement, l'article commis par La Brique sur l'affaire Djelassi est à mon sens diffamatoire, selon les règles du droit français. Vous prenez pour acquis des faits qui ne le sont pas. C'est ça la différence entre l'opinion et le journalisme : quand on fait du journalisme, on n'est pas censé dire ce qu'on pense, mais présenter des faits. Or je ne fais que constater que si personne ne vous attaque, c'est parce que les cibles que vous visez ne vous connaissent pas, ou ne souhaitent pas vous donner l'importance que vous n'avez pas.
Je n'ai donc nullement prétendu que La brique avait "menti" et Nord éclair avait dit la vérité. J'ai juste affirmé que dire de la mort de Hakim que c'est une bavure, sans en rapporter la preuve, relève de l'opinion et non du fait. En faisant cela, je ne défends nullement la police. Je ne me positionne pas dans une posture où systématiquement, mon but en me levant est d'attaquer la police. C'est la différence entre nous.
4/ Je n'ai pas "réagi" à l'article de la brique sur le commissariat de Lille-sud. J'ai envoyé un mail pour dire ma façon de penser. Ce sont les rédacteurs de La Brique qui m'ont proposé de le publier dans leur journal. J'ai accepté. Libre à certains de ne pas répondre quand ils sont attaqués, moi j'estime que tout mérite débat. Au final, je n'ai aucun ressentiment ni acrimonie à l'égard de La Brique. Ne fantasmez pas. je comprends, ça vous ferait plaisir de penser que les grands méchants de la méchante presse vous sont hostiles et pensent chaque matin a vous détruire. Mais même pas.
5/ Sur le Nord, cessez vos sous-entendus et vos perpétuels procès d'intention. J'ai écrit que c'était le département le plus peuplé, c'est tout. Il s'y passe forcément plus de choses, à tous les niveaux.
6/ Sur les sources (qui contrairement à ce que vous pensez, ne sont pas uniquement policières), si vous avez une conception bisounours de l'information, selon laquelle les gens qui vous parlent le font sans arrière pensée, le font par altruisme et non par intérêt, sans chercher à vous manipuler, c'est que vous êtes naïf.
Les relations entre la police et les médias sont complexes, et en général plutôt à l'avantage de la police. Mais les médias ne peuvent pas se "couper" de la police en tant que source, parce que sur bien des sujets, elle est la seule à pouvoir leur donner ou leur confirmer l'information qu'ils cherchent. Alors que faire ? Quand on est révolutionnaire, on va choisir la pureté, et couper tout lien. En vertu de quoi on n'aura plus d'information. Sinon, on peut essayer de composer, et de nouer ce lien en évitant de se compromettre et de devenir le porte-parole de la police.
Evidemment, si vous choisissez la deuxième voie, le révolutionnaire vous accusera toujours de complicité. c'est le cas ici.
7/ Contrairement à d'autres, j'estime que je dois répondre aux internautes qui commentent sur le site web du journal. Vous voyez ça comme un rappel à l'ordre. Je vois plutôt ça comme une relation qui doit être horizontale et non verticale entre ceux qui diffusent l'info et ceux qui la reçoivent. Je ne donne de leçons à personne, je réponds à une attaque. Curieuse conception du débat, où il faudrait se taire quand on est mis en cause par un internaute anonyme !
8/ Sur le faits-divers. Qui est juge de ce qui intéresse les gens ou pas ? Qui est juge des "vrais réalités", comme vous dites ? De ce qui est le "vrai sujet" ? Vous ? je considère que les faits-divers ne doivent pas être l'actualité principale, ça ne veut pas dire qu'il faut les retirer de l'information. Ils constituent bien souvent un symptôme.
Pour le reste, vous qui prétendez faire de la vraie info et parler des "vrais sujets", eh bien vous existez, vous pouvez vous exprimer, vous êtes libres de faire connaître votre message aux masses. Alors de quoi vous plaignez-vous ? »
[1] Sa réponse a été publiée dans La Brique n° 7. A titre de comparaison, dans son 13e numéro, La Brique a tiré un joli portrait en pleine page au rédacteur en chef de La Voix du Nord, révélant quelques anecdotes croustillantes sur son passé « mao ». Aux dernières nouvelles, il a encaissé sans se manifester. Contrairement au jeune loup, puisque deux lignes à peine ironiques sur son papier l’ont poussé à réagir.
[5] Nord Éclair, 23/12/08.
[6] Nord Eclair, 09/04/09, voir ici.
[7] Faites-vous une idée en lisant l’article. Vous n’y verrez pas de diffamation, mais des interrogations (le titre n’en est-il pas une ?), des doutes, qui viennent étayer la position éditoriale du journal.