Tout d’abord, l’analyse se doit d’être juste et il est donc normal que La Voix du Nord (14/11/07, p. 15) consacre une interview exclusif avec photo portrait du créateur du mouvement ECB (Etudiants Contre le Blocage) de Lille, Sébastien Collemare. La photo montre un jeune relativement sérieux, avec des petites lunettes et une barbe mal rasée mais très propre. Notre très cher confrère va d’ailleurs jusqu’au bout de son métier puisqu’il n’oublie pas d’indiquer le mail et le site Internet du mouvement. Sébastien Collemare s’exprime une fois de plus sur la violence de certains bloqueurs mais admet volontiers que si un vote administratif à bulletin secret amène au blocage des universités, ECB s’inclinera. Maintenant que se passe-t-il si on jette un œil sur leur joli petit site ? La première chose qui apparaît est le logo ECB, fait à partir d’un paquet de feuilles à rouler… Première stupéfaction : les étudiants ECB seraient-ils des fumeurs de roulées ou des fumeurs d’autres choses totalement illégales dans notre pays ? Seconde stupéfaction : ECB dépose un communiqué de presse expliquant que la seule université ayant organisé un vote administratif à bulletin secret, est Lille 2, en ajoutant que c’est bien grâce à cela que le blocage n’y a pas été voté… Peut-être ont-ils oublié Lille 3. Enfin, troisième stupéfaction : un lien sur leur site, dénommé « étudiants de droite » nous mène vers un autre communiqué de presse expliquant que la LRU comporte 30 articles ; encore une fois, une vingtaine d’articles ont dû être oubliés.
Toujours dans la même édition, pages 46 et 47, nos gentils confrères réussissent à expliquer avec brio le pourquoi du comment de la grève étudiante. Ils ne manquent alors pas de décrire l’allure vestimentaire et les attitudes des différents étudiants interviewés : « ces jolies jeunes filles habillées classique veulent la fin du blocage de leur fac. » En face de ces jolies nanas, il y a : « Emile, keffieh rouge autour du cou, longues dreads (grosses tresses), distribuant des tracts pour le syndicat Sud Etudiant. » Il est bien sûr « obsédé par les privatisations. […] Disponible, toujours, acrimonieux jamais. Approximatif, assez souvent. »
D’ailleurs, les étudiants sont trop excessifs, puisqu’ils « érigent en épouvantail » la probable hausse des frais d’inscription à l’université, ne se privent pas « de stigmatiser « Sarko l’Américain » » et craignent « comme le grand méchant loup que les entreprises puissent prendre part au financement des universités. » Ils sont vraiment cons ces étudiants !
Pour accompagner Emile, il y a Alice, « habillée « d’jeun’s » mais sans signes extérieurs de rébellion » ; ouf ! Nous voilà rassurés…
Heureusement que les jeunes beaux et sérieux (ceux contre le blocage bien sûr !) sont là pour se faire entendre (eh oui ! Il en existe !). Merci à « Nathalie et Sandra, vingt ans. Très sérieuses, timides, futures professeures des écoles […] » car grâce à elles, la France donne une meilleure image d’elle-même à nos touristes.
Pour ce qui est des dreads locks, si vous ne comprenez pas l’explication écrite, nos confrères géniaux ont pensé à l’illustrer avec une photo d’Emile. Et si cette photo ne suffit toujours pas, il y a en Une une autre photo d’un méchant étudiant en grève, portant lui aussi des dreads locks et pointant du doigt certainement un gentil étudiant (joli et sérieux) lors d’une A.G.
Merci à La Voix du Nord, sans qui la vie autour de nous serait sans doute beaucoup plus difficile à comprendre, alors qu’il suffit de regarder comment s’habillent les étudiants.
Jack de L’Error